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mercredi 1 décembre 2010

Histoire de la langue française.

Caractérisation des différents constituants du gallo-roman,
replacés dans leur contexte historique, économique et social.


Introduction:

Résultat du mélange de trois niveaux linguistiques différents, le gallo-roman s'est formé à partir d'un substrat celte auquel vinrent s'ajouter les influences d'un latin populaire (strate) et des parlers germaniques (super-strate).

Mais vouloir caractériser les constituants du gallo-roman dans une perspective purement linguistique serait ignorer la genèse historique de cette langue. Or, parce que ce n'est que dans une double perspective, à la fois historique et linguistique, que nous apparaîtront les différents composants du gallo-roman, nous étudierons donc les principales figures de l'histoire qui furent à l'origine de ce dernier, en précisant, pour chacune d'entre elles, leur rôle.

1ère partie:

Ce fut vers la fin du troisième millénaire avant J.C. que les Celtes s'installèrent dans le centre de l'Europe, aux alentours de ce qui est aujourd'hui devenu l'Autriche. Ils émigrèrent ensuite vers le Nord et le Nord-Ouest en suivant la vallée du Danube, traversèrent la région de l'actuelle Allemagne, pour arriver enfin, vers 1000 avant J.C., au bord de l'Atlantique, ayant auparavant longé les rives de la Manche.

Vers 500 avant J.C., une seconde " vague " de Celtes partit d'Autriche, mais descendit cette fois les rives du Danube et de ses affluents, passa les Alpes, pour arriver finalement aux plaines et à la péninsule ibérique.

Ainsi furent celtisés aussi bien les environs de Rome que les îles britanniques, les régions du Rhin, du Danube, du Pô et de l'Ibérie du Nord.

Hérodote fut sans doute le premier à mentionner le terme " Celte ", même si Pausanias rapporte que la population elle-même disait s'appeler Celte. Ce ne sera qu'à l'époque romaine que les territoires celtes prendront le nom de Gallia, terme qui désignera seulement les territoires allant des Pyrénées jusqu'au Rhin, alors qu'au Ier siècle Plutarque décrivait ces territoires comme s'étendant de l'océan Atlantique aux régions septentrionales et aux mer d'Asof et mer Noire. Sous l'occupation romaine, le mot " Gaule " ne désignera plus que les régions celtes conquises par les Romains.

Pour ce qui est de la langue celte, si bien sûr l'on peut parler de langue celte, elle était un idiome issu du rameau indo-européen, et rassemblait un grand nombre de dialectes qui véhiculaient la culture commune. Elle a forcément du être influencée par les divers peuples qui l'on adoptée, et notamment en Europe centrale où existait une communauté italo-celtique qui a émigré par la suite vers la France actuelle et vers la péninsule italique. Néanmoins, si les langues celtes et italiotes ont évolué différemment, elles avaient la même souche, ce qui explique en partie la relative facilité avec laquelle les Gaulois seront romanisés.

Des parlers celtes, nous ne connaissons rien, car la culture celte était véhiculée essentiellement par la classe sacerdotale, et n'utilisait pas le biais de l'écriture. Pourtant, l'on a tendance à distinguer trois groupes de parlers celtes qui sont le gaulois, le brittonique et le gaélique.

Le gaulois, aujourd'hui répertorié avec les langues mortes, même s'il semblerait que le parler du Morbilland en soit une survivance, a complètement disparu entre le Ier et le Xème siècle. Nous n'en avons aucune trace écrite, et si quelques mots ou noms gaulois nous sont parvenus par l'intermédiaire des auteurs romains, la grande majorité des mots gaulois que nous connaissons aujourd'hui sont des toponymes. En revanche, de la syntaxe du gaulois, nous ignorons tout.

Le brittonique s'était étendu à une grande partie de la Grande Bretagne, et l'on peut distinguer en lui trois langues écrites qui sont le gallois (toujours en usage à notre époque), le cornique (qui a disparu à la fin du XVIIIème siècle), et le breton.

Le gaélique est attesté depuis le IVème siècle en Irlande.

Il est difficile de dire précisément à quelle époque le gaulois a cessé d'être parlé, mais il est probable, ainsi que tendent à le prouver certains textes, que la substitution du latin au gaulois n'était pas complètement achevée au Vème siècle, époque à laquelle les Germains se sont partagé les miettes de l'empire romain. Toutefois, l'étude des toponymes typiquement celtes crées entre le Vème et le Xème siècles, témoigne de la survivance de parlers d'origine gauloise.

Le gallo-roman conservera du gaulois des termes appartenant essentiellement à un vocabulaire rural (géographie, géologie), et nous connaissons aujourd'hui à peu près 200 termes de souche gauloise, dont voici quelques exemples :

- le mot " grève " vient de " graba " qui signifiait le sable. Au moyen-âge, le mot grève signifiait le bord de la rivière, et l'expression " faire la grève ", aller sur la place de grève. Le sens moderne ne fut adopté qu'au XIXème siècle.

- " combe " vient de " cumba ", qui signifiait la vallée.

- " braie " vient de " braca ", pantalon.

Les toponymes étaient formés en enlevant l'article du premier mot, et la préposition du deuxième. Il convient également de noter quelques autres caractéristiques du celte que nous retrouvons dans le français, telles l'emploi abusif des démonstratifs, l'apparition de nombreuses périphrases ou encore le recours à une numération vigésimale.

2ème partie:

Afin d'introduire le second constituant du gallo-roman, il nous faut rappeler que les Gaulois étaient en contact avec le monde antique bien avant l'invasion romaine, et notamment avec les Grecs. Ce contact était principalement commercial, comme en témoigne la découverte de vases gaulois dans certaines sépultures grecques.

En fait, les Grecs n'ont abordé en Gaule qu'autour de la méditerranée, et aucune invasion par la force n'a eu lieu. Ils ont installé, en 594 avant J.C., un comptoir baptisé " Massalia ", puis de nombreux autres, dont les principaux étaient " Nicea " et " Citharista ".

En 181, 154 et finalement en 125 avant J.C., les Massaliotes durent faire appel aux Romains pour se protéger de la coalition celte. Les Romains en profitèrent alors pour envahir la Gaule, des Alpes jusqu'aux Pyrénées, ouvrant ainsi un passage qui devait leur permettre d'accéder par voie de terre à l'Espagne qu'ils occupaient déjà depuis 197 avant J.C. Par la suite, ils continuèrent leur invasion jusqu'au lac Léman, et créèrent en 122 avant J.C. la forteresse d'Aquae Sextiae (future Aix-en-Provence) pour y installer le commandement de toute la Gaule Cisalpine.

Ce ne fut qu'en 120 avant J.C. que les Romains s'attaquèrent à la Gaule Transalpine, et y fondèrent une cité appelée " Narbo Martius " (Narbonne), qui devint la capitale politique du territoire qui prit bientôt le nom de Narbonnaise. Les deux flancs des Alpes furent ainsi conquis, et en 49 avant J.C., la citoyenneté romaine fut même accordée aux habitants de la Gaule Cisalpine.

A peu près à la même époque, César (101 - 44) entreprit la conquête de la " Gaule Chevelue ", et ce à partir de Narbonne. Il commença par envahir l'Aquitaine, puis remonta en Gaule celtique par la vallée du Rhône, jusqu'en Gaule Belge.

Cette conquête fut achevée en 51 avant J.C., et quatre provinces furent établies :

- La Narbonnaise (province sénatoriale).

- L'Aquitaine (province impériale).

- La Belgique (province impériale).

- La Lugdunaise ou Lyonnaise (province impériale).

Tout cet ensemble gaulois fut facilement intégré, grâce à une certaine souplesse politique de la part des Romains, et à la facilité d'adaptation des Gaulois.

Mais la " latinisation linguistique " ne fut pas due à l'occupation militaire. Les parlers celtes étaient voisins du latin, et les Gaulois étaient déjà en relation commerciale et guerrière avec la Rome, ce qui explique que cette latinisation ait été facile.

Entre 50 avant J.C. et 50 après J.C., s'est créée une société que l'on appelait déjà société gallo-romaine, et où la langue utilisée était plus romaine que gauloise. Il en était de même pour les mœurs et la culture, d'autant que de nombreuses écoles romaines avaient été implantées dans des villes telles Narbonne, Bordeaux, Toulouse, Vienne, Lyon, Authin ou Trève, lesquelles accueillaient principalement des enfants de nobles ou de marchands, et produisirent de grands auteurs latins.

Seules les campagnes continuaient à parler gaulois et à utiliser les parlers celtiques, les Romains ayant négligé leur latinisation car seule l'exploitation des terres les intéressait.

Officiellement, la langue introduite en Gaule par les Romains était le latin écrit de Rome, utilisé surtout par l'administration et dans les écoles. Mais en réalité, ce latin n'était pas celui en usage dans la grande masse de la population romaine (c'était un latin beaucoup trop littéraire). Si nous divisions le latin en différents genres, nous trouverions en haut de l'échelle le latin officiel, duquel dériverait la langue quotidienne, puis la langue usuelle. Tout en bas de cette hiérarchie se trouverait le " Sermo-vulgaris " et la " lingua rusticalis ", dont il est probable qu'ils constituaient véritablement le latin de la Gaule, puisque c'étaient eux qui étaient véhiculés par les soldats, les esclaves et les prostituées.

3ème partie:

Pour ce qui est des apports des différentes communautés germaniques et des influences des parlers germaniques sur le gallo-roman, il faut noter qu'ils sont antérieurs aux invasions barbares du Vème siècle.

Il y eut en effet, durant la paix romaine, trois sources de germanisation de la langue : les migrations pacifiques, l'installation des vétérans germains et l'installation des colons ou de lètes.

Les premiers contacts avec les Germains remontent à l'époque de César, et furent pris avec les habitants de la rive droite du Rhin. Mais des tribus germaniques s'étaient déjà fixées et mêlées à la population bien avant cette époque, en pays gaulois. Ainsi les Nerviens ou les Némètes étaient-ils des germains celtisés.

Après la conquête romaine, des sources écrites nous permettent de suivre l'immigration des germains dans la province de Gaule, et nous apprennent que dès 38 avant J.C., Agrippin avait permis à la tribu des Ubiens de venir s'établir sur la rive gauche du Rhin, autour de Cologne. De même, au Ier siècle après J.C., les Bataves, qui occupaient jusqu'alors le Rhin inférieur, furent autorisés à fonder une cité : Lugdunum Batavorum.

Cette immigration fut très vite encouragée par les Romains, et fut suffisamment importante autour de la frontière pour que soient distinguées deux provinces : Germania Prima (région de Mayence) et Germania Seconda (qui avait pour capitale Cologne).

Ces terres germano-celtes furent transformées par les Romains, qui en firent quelques-uns uns des centres économiques les plus importants de l'empire, tout aussi bien en développant les voies de communication, qu'en construisant des ponts, en engageant des travaux sur les fleuves et les rivières (le Rhin fut rendu navigable sur une distance à peu près équivalente à celle d'aujourd'hui, et de nombreux canaux furent creusés), en aménageant des ports militaires et commerciaux le long du Rhin et sur les côtes (Portius Itius), ou en exploitant les ressources naturelles (cuivre craie, sable, argile). Par ailleurs, la plupart des artisans de la Gaule du Nord étaient des Germains, les Gaulois ayant plutôt des vocations de cultivateurs.

Ainsi se forma au Nord Est de la Gaule un trilinguisme où se mêlaient substrat celte, strate latine et superstrate germanique. Ce parler se répandit ensuite peu à peu dans les régions voisines, jusqu'à être intégré au vocabulaire de la Gaule toute entière.

La deuxième source de germanisation de la langue fut, avons nous dit, liée à l'installation de vétérans germains. En effet, à partir du IIème siècle, il y eut dans l'armée romaine de moins en moins de Romains. Nous savons par Tacite (55-120) que dès le Ier siècle, des Bataves et des Chauques (tribu du N.E. du Rhin), combattaient dans les rangs de l'armée romaine. Dès la fin du IIème siècle, vinrent s'y ajouter des mercenaires Goths et Francs. Les Francs se firent, par la suite, de plus en plus nombreux, et au milieu du IVème, constituaient l'essentiel des troupes basées en Gaule. Il y eut même des sénateurs francs. Les Alamans (Sud du Rhin Supérieur) furent également, soit fédérés, soit mercenaires dans l'armée romaine. Ils résidaient en garnison et étaient placés aux points stratégiques de la Gaule intérieure.

Le gouvernement romain accorda donc des terres à ces vétérans, d'abord près des frontières puis, au début du IIIème siècle, à l'intérieur de la Gaule. Et même si ces communautés ont d'abord vécu à part, elles ont pourtant forcément légué de nombreux termes militaires, ainsi que des toponymes.

La troisième et dernière source importante de germanisation de la langue sous l'occupation romaine fut l'installation des colons et de lètes. Les Lètes venaient de l'actuelle Allemagne, et étaient certainement d'anciens prisonniers de guerre germaniques, qui se voyaient attribuer des terres dévastées ou abandonnées afin de les remettre en état, et ce en échange d'un service dans l'armée romaine.

Les colons quant à eux se sont installés tout à fait officiellement, comme au Ier siècle. On connaît mal leur nombre, mais on sait qu'ils étaient situés plus particulièrement dans les trois lieux suivants : Amiens, Besançon et Troyes.

En 287-288, Maximien conclua même un traité avec le roi franc, concernant l'installation de Lètes entre la Meuze et la Mozèle. De plus, la Noticia Dignitatum (rédigée en 400 et 410) nous apprend que des préfets ont été tout spécialement nommés pour s'occuper de ces différentes communautés germaniques, avec pouvoirs civils et militaires, et ordre d'organiser l'assimilation dans les écoles. La Noticia Dignitatum nous permet également de situer ces différentes implantations barbares aux alentours de Redona (Rennes ; lètes francs), Baiocas (Bayeux, lètes bataves), Coutance (lètes suèves), Chartres ou encore Poitier…

Tous ces germains furent romanisés, de force ou volontairement, mais ont laissé un grand nombre de termes dans la langue, et la grande différence entre le français et les autres langues romanes vient certainement de ces influences germaniques.

Lorsqu'au Vème siècle, les barrières militaires de l'empire romain s'éfondrèrent, les tribus germaniques déferlèrent sur la Gaule, l'Italie du nord et l'Espagne. Les premiers arrivés furent les Wisigoths, qui entrèrent en Italie du nord pour terminer leur route en Aquitaine, et installèrent leur capitale à Toulouse. Mais les Wisigoths étaient déjà latinisés, et n'influencèrent donc pas le gallo-roman. A la fin du Vème siècle, ce fut au tour des Burgondes de traverser le Rhin, pour s'installer dans la région de Lyon en 469.

Mais l'élément décisif fut l'arrivées des francs. Beaucoup se sont installés en Gaule du nord, pour finir par occuper au Vème siècle tout le nord et le nord-est de la province Belgique. Sous le règne de Childéric, puis surtout de Clovis, toute la Belgique actuelle plus les Flandres, l'Artois, la Picardie, la Champagne, la Lorraine, l'Alsace et les deux provinces germaniques, sont occupées par les Francs. Le terme de Francia (territoire occupé par les Francs) commença à apparaître, mais pour ne désigner que les territoires du nord de la Loire. On y trouve encore de nombreux toponymes finissant par _court ; _ville ; _villiers.

Des termes germaniques qui sont entrés dans le vocabulaire gallo-roman entre le Ier et le Vème siècle, il subsiste aujourd'hui environ 300 mots, tels : " le blé " (radical germanique " blad ") ; " le bois " (" bosc ", le bûche) ; " jardin " (radical " gard ", enclos) ; " maçon " (" makjo ", l'homme qui pétrit la glaise) ; " loge " (radical " laobra ", abri de branches et de feuilles) ; " guérir " (" warjan ", protéger de la mort)… etc.

Conclusion:

Ainsi donc, nous voyons que la période de formation du gallo-roman s'étend sur une durée allant d'environ 120 avant J.C. jusqu'au Vème siècle après J.C. (règne de Clovis), époque à laquelle débute la différenciation progressive des différents parlers romans et où le gallo-roman du nord prend ses caractères propres : début de l'élaboration du français.

Notons cependant que les premières traces écrites du gallo-roman du nord ne datent que du VIIIème siècle, et apparaissent avec le glossaire de Reichenau (premier monastère fondé en territoire germanique, sur une île du lac de Constance).

© GUICHARD Jérôme.

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